Louis-Philippe Reynaud, Président de l’ITECH et Président Directeur Général de Blanchon-Syntilor, évoque la modernisation de l’industrie peinture.

Quels sont les enjeux du secteur ?

Louis-Philippe Reynaud : Une entreprise de peinture offre une grande diversité de challenges, aussi bien techniques qu’environnementaux, à tous les niveaux de poste. Il faut donc savoir être réactif mais aussi faire preuve d’une grande capacité d’adaptation. De manière générale, l’industrie est en mutation permanente.

Actuellement, comment se traduit cette mutation ?

Elle passe inévitablement par la digitalisation de toutes les strates de l’entreprise. Elle caractérise l’industrie de demain mais dans mon cas et la plupart des fabricants de peinture, elle est l’industrie du présent. La digitalisation est depuis longtemps une réalité dans notre entreprise, à tous les niveaux, avec un seul objectif, la satisfaction du client. Dans beaucoup de nos métiers, nous sommes très en avance quant à la fluidité de l’information, l’innovation des outils industriels et la relation client. Nous investissons énormément en informatisation et robotisation pour être toujours plus performants et livrer nos clients dans des délais extrêmement courts, facteurs essentiels à notre développement.

Pouvez-vous nous donner un exemple ?

La supply chain dans sa globalité est très innovante, tant dans notre entreprise que chez nos clients. La commande dématérialisée est devenue un standard et est instantanément reliée aux services production et logistique. Grâce à la gestion informatisée des stocks, nous sommes capables de faire partir à 15 h les commandes qui nous arrivent avant 11 h. Nos transporteurs sont avertis par informatique du contenu de leurs camions et lorsque la marchandise est livrée chez le client, une facture se déclenche automatiquement.

Ce tout digital ne risque-t-il pas de déshumaniser l’entreprise ?

Non car les outils numériques ne peuvent fonctionner sans intervention humaine et ils sont là pour nous rendre service et optimiser nos actions. Ce monde très moderne et totalement digitalisé dans lequel nous vivons a fait évoluer tous les métiers de l’entreprise. De fait, le numérique n’a pas l’effet redouté de déshumaniser l’entreprise mais au contraire, il valorise l’humain en éliminant les tâches rébarbatives et en impliquant un travail plus actif, plus complexe aussi puisqu’il exige d’étendre les compétences métier à la maîtrise des outils informatiques.

Les informaticiens sont donc une cible de recrutement. Quels arguments peut-on donner aux jeunes diplômés pour les attirer vers ce secteur ?

L’avantage des entreprises de peinture est d’avoir de gros potentiels de développement, ce qui est très intéressant pour les jeunes diplômés, y compris les informaticiens, car ils couvrent des domaines très variés, allant de la supply chain à l’administration des ventes. Le secteur offre de vraies opportunités de carrières, en France comme à l’international qui est un vrai challenge pour nos entreprises. Pour être pérennes et se confronter à d’autres approches et modes de travail, les sociétés doivent exporter. Cela exige énormément de ressources et l’expérience est très formatrice, quel que soit le poste qu’on occupe.

Quels sont les axes d’innovation du secteur ?

Les entreprises du secteur sont très en pointe dans la recherche en matière de protection des personnes et de l’environnement. Nos industries ont réussi une vraie révolution sur les émissions de polluants devenues infimes, autant lors de l’application qu’après séchage des produits. Conditionnés par l’une des fonctions essentielles des peintures, la préservation, nous l’appliquons à tous les niveaux. La santé du consommateur en fait partie et nous prenons très à cœur notre responsabilité en étant particulièrement attentifs à l’impact de nos produits, dans leur fabrication et leur utilisation. De plus, notre activité est cadrée par une réglementation de plus en plus complexe qui occupe une grande part de la R&D. Au-delà des performances produits, elle doit parfaitement maîtriser tous les paramètres environnementaux et réglementaires. Les compétences des futurs ingénieurs et techniciens dans cet environnement spécifique sont primordiales pour nos entreprises.

Dans cette dimension environnementale, l’innovation dans notre industrie est également portée par l’utilisation croissante de matières premières biosourcées dans la composition des peintures. Elles représentent une ressource d’avenir car elles apportent de nouvelles performances et propriétés, se substituent aux matières premières d’origine fossile par des produits renouvelables. Elles limitent les déchets de l’industrie agroalimentaire en utilisant des produits impropres à la consommation alimentaire.